-Cinémania-
16300 - Barbezieux-Saint-Hilaire
| Février 2012 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | ||||||
| 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | ||||
| 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | ||||
| 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | ||||
| 27 | 28 | 29 | ||||||||
|
||||||||||






« J.Edgar »
de Clint Eastwood
avec Leonardo DiCaprio, Naomi Watts, Armie Hammer
Américain - Genre Biopic, Drame
sorti le 11 janvier 2012 - 2h15
50 ans de la vie de Johnny Edgar Hoover, son ascension, la fondation du FBI, sa chasse aux sorcières : le banditisme, et surtout le communisme… L’histoire d’un homme parano, mégalo, certainement homo, sous l’influence de sa mère quelque peu tyrannique, avec, en toile de fond, l’enquête sur l’enlèvement du bébé Lindbergh… C. Eastwood caresse l’Amérique dans le sens du poil…
Tout ça, c’est pour moi un peu soporifique, pour ne pas dire dérangeant… mais le film devient plus intéressant quand Eastwood s’infiltre dans l’intimité de Hoover pour scruter les relations retenues et ambiguës qu’il entretenait avec son adjoint Clyde Tolson. Di Caprio est excellent !

« Le cheval de Turin »
de Bela Tarr
sorti le 30 novembre 2011
avec Erika Bok, Mihály Kormos, Janos Derzsi
genre Drame – 2h26
Français, suisse, hongrois, allemand
Qu’est devenu le cheval au cou duquel Nietzsche s’est pendu avant de sombrer dans la folie douce ? C’est peut-être ce que montre le film de Bela Tarr… On est en Hongrie et le cheval est une jument, mais l’époque est la même : fin 19ème… et s’il fallait s’arrêter à tous les détails, où serait le miracle de l’imagination ?
Dieu paraît en effet absent de cette campagne reculée, comme le dit le seul bavard du film : un philosophe alcoolique par la bouche duquel parle Nietzsche… Le vent d’hiver souffre sur la campagne, jour après jour, les mêmes feuilles virevoltent, la musique grise et brouillardeuse nous mène au rythme des gestes lents d’un quotidien répété, rustique, précaire et sans joie… et on se laisse embarquer dans la douce torpeur contemplative, dans une expérience rare et magnifique dans laquelle le noir et blanc capte la beauté essentielle, minimale, dans une impression de fin de tout d’où même la lumière disparaît…
Quand on s’assoit sur un banc pour regarder la vie de la rue qui coule, souvent lente et monotone, on ne se demande pas s’il va se passer quelque chose… je crois que c’est comme ça qu’il faut regarder « Le cheval de Turin ».

« Il était une fois en Anatolie »
de Nuri Bilge Ceylan
avec Muhammed Uzuner, Yılmaz Erdoğan, Taner Birsel
Drame - Turc, bosniaque
sorti le 2 novembre 2011 - 2h 37min
Le crépuscule sur les collines d’herbe rase, puis les fontaines dans la lumière des phares… Le vent fait bruire et bouger la nuit qui s’étale, paresseuse mais orageuse, une pomme roule dans le ruisseau, comme la vie : à la fois lourde et légère, elle coule insouciamment, et tout à coup quelque chose d’imperceptible l’arrête dans sa course…
Dans cette nuit d’errance, on ne sait pas trop ce qu’on cherche au début… mais au bout du compte, chacun va trouver en lui ce qu’il n’aurait pas forcément voulu y trouver…
Nuri Bilge Ceylan nous raconte la vie noire et complexe comme un conte lent, un voyage dans l’esprit des personnages gris, sombres et pluvieux qui se dévoilent par petits pans et évoluent au cours de la nuit vers un peu plus de conscience et un peu plus d’humanité, émaillant son film de moments magiques et superbes : balayage dérisoire des bidonvilles, moineaux et rubans de prière, et surtout Cemile portant le thé et la lumière, lumineuse elle-même dans la rusticité des hommes…

"Le Havre"
Pour rester proche du peuple et fidèle aux préceptes du sermon sur le montagne, Marcel Marx, qui sait enjoliver le réel à l'aide de doctes sentences
gagne encore son pain, la soixantaine passée en cirant chaque jour les chaussures des passants dans les rues du Havre, arborant le flegme de ceux qui eurent leur content de gloire ou de
reconnaissance dans un lointain passé d'écrivain saltimbanque. Ce vécu a façonné un personnage jamais atteint par les avanies du temps présent, comme la mesquinerie du gérant d'un grand magasin
qui le chasse de sa devanture, mais cet interdit est inopérant et il sera bravé plus tard, avec cette obstination propre aux petits métiers qui, depuis Charlot, ont appris à s'adapter aux
contraintes de la rue. Marcel a rencontré et épousé sa muse, Arletty, destinatrice le soir, des euros gagnés, gardienne attentive des économies destinées au porte feuille des honnêtes gens, la
boite en fer blanc du buffet, et il a trouvé dans le quartier des dockers, une petite maison comme point d'ancrage avec un bistrot proche pour s'offrir l'apéro du dîner et retrouver la fraternité
de ses semblables.
Tandis que sur les docks, un conteneur abritant des Maliens de tous âges est repéré par un vigile puis encerclé par un escadron de gendarmerie, un
enfant parvient à s'échapper et à se cacher de la police dans les appontements du quai. Désormais, c'est un chien perdu sans collier que Marcel apprivoise alors, en lui apportant discrètement
quelque nourriture et héberge, quand sa femme malade est hospitalisée. Dès lors, le cireur de chaussures va exercer son altruisme naturel , visites quotidiennes à l'épouse et bouquets de fleurs
maladroitement justifiés: «je les ai eu à bas prix....euh, au contraire, elles ont coûté cher» et recherche active en parentalité pour l'enfant noir tombé du ciel. Avec son vieux costume pour
tout viatique et la bonne foi du charbonnier, Marx écume les camps de migrants de Calais et Dunkerque et découvre que la mère est réfugiée à Londres. La ténacité récompense le miséricordieux.
Suffira t-elle à faire passer clandestinement le gamin en Angleterre, au prix d'une somme astronomique, quand pressé par le Préfet de mettre la main sur le fugitif, l'inspecteur Monet à l'affût
dans un quartier où il a ses aises, est renseigné par un voisin mal intentionné?
Fable humaniste, le Havre raconte la mobilisation d'une poignée de voisins solidaires -nouveaux justes- pour cacher et conduire à bon port un enfant
noir sans papiers échoué là, par hasard. Mais son réalisateur finlandais Aki Kaurismäki évite soigneusement d'appuyer sur le trait de l'engagement militant, préférant suggérer ici ou là, un
déploiement démesuré des forces de l'ordre, la manipulation de l'opinion («les clandestins: des liens avec Al Quaïda», titre Paris Normandie) et laisse au spectateur vigilant le soin de s'étonner
de la mobilisation inverse de l'appareil d'État, Préfet en tête, pour stopper la cavale d'un gamin. A la manière du Marseillais Robert Guediguian développant un scénario politique ou sentimental
dans le creuset d'un microcosme, Kaurismäki construit une réalité mythique à l'ambiance délicieusement surannée plus proche de l'imagerie des romans de Simenon, du cinéma des années 50 auxquels
s'apparentent les principaux lieux de vie imprégnés d'austérité, le foyer des Marx, le bistrot, la boutique ou la chambre d'hôpital. Les personnages forment une typologie sublime, Jean Pierre
Léaud en mouchard aigri, Arletty tenant debout par miracle avec sa robe de lumière et son mari qui avance sans se poser de questions dans un jeu de chassé croisé avec un flic fouineur et ambiguë,
partagé dans son identité professionnelle. Des tableaux ciné-géniques comme ce cerisier en fleurs aperçu dans «la colline aux adieux» ou les lumineuses retrouvailles des époux fâchés, Mimie et
little Bob dont la résurrection sur scène est un des joyaux du film, rendent hommage à la tradition attachante du cinéma romantique. Le Havre, c'est la soupe populaire d'un réveillon fraternel
dont les plus modestes sont les héros:
« Le Havre »
de Aki Kaurismäki
avec André Wilms, Kati Outinen, Jean-Pierre Darroussin
Drame - Finlandais, allemand, français
Sorti le 21 décembre 2011 - 1h33
Le Havre : galère, brume et sirènes, des containers de gens comme dans les bateaux négriers du XVIII siècle…
Fable intemporelle : on est à la fois en 2010 et dans les années 60… Une âme bienveillante et naïve habite le film tout entier, et le héros, Marcel Marx, en particulier… Idyllique conte complètement irréaliste, allant jusqu’au miracle de la générosité… c’est dire !!!
Je pense à Fiona et à Dom qui auraient vieilli : moins burlesques mais aussi naïfs et aussi humains… évoluant dans un petit peuple grisonnant, démuni, solidaire et angélique, faisant une galerie de personnages attendrissants : on est comme dans un Guédiguian du nord… C’est extrêmement positif et réconfortant, et ça fait du bien, mais (je ne le dis pas fort…) est-ce que ce n’est pas un peu trop ?
« Carnage »
de Roman Polanski
avec Jodie Foster, Kate Winslet, Christoph Waltz
Comédie dramatique - Français, espagnol, polonais, allemand
sorti le 7 décembre 2011 - 1h 20
Huis clos en temps réel : deux couples de parents dont les enfants d’une dizaine d’années se sont bagarrés se retrouvent pour « arranger les choses », en gens civilisés, en reprenant l’affaire avec des yeux d’adultes… Savoureux et brillant exercice de style pour mettre en valeur les talents d’acteurs des 4 protagonistes !
Propos polis, mais à peine, acides mais bien élevés, imbuvables de magnanimité forcée… Les mondanités dérapent vite : on va crescendo dans la mesquinerie, l’humiliation. Les personnalités se fissurent, se mettent à nu sous couvert d’illusions et d’auto-mensonges mal dominés… Les complicités se font et se défont, les oppositions se combinent différemment au détour de la conversation, le dieu du carnage se déchaîne, usant de l’alcool comme révélateur impitoyable des personnalités, des rancoeurs enfouies …
Le tout prouvant, bien sûr, qu’il vaut mieux laisser les enfants arranger eux-mêmes leurs différends !!!

Résultats de l'appréciation des spectateurs pour
"La nuit du chasseur"
Ont aimé :
un peu ==>14%
moyennement ==> 4%
beaucoup ==> 65%
passionnément ==> 17%
« Hugo Cabret »
De Martin Scorcese
avec Ben Kingsley, Sacha Baron Cohen, Asa Butterfield
Aventure, Drame, Famille - Américain
L’hiver floconne à Paris… 1930, Hugo, orphelin d’une douzaine d’années, vit caché dans la gare dont il maîtrise les engrenages, les mécanismes et les cachettes... En essayant de réparer un automate légué par son père, il tente de se reconstruire, de trouver une raison de survivre, de rétablir les rouages de l’ordre de son monde… Dans la mélancolie et la gravité, dans une ambiance et des décors parfaitement peaufinés, sa quête va le mener à Méliès oublié dans une boutique de jouets, il va le reconstruire lui aussi : l’oubli, c’est une machine cassée qui ne sert à rien, il suffit de la réparer… Le film devient un docufiction. Et là, commencent une formidable leçon sur les origines du cinéma et un hommage à Georges Méliès qui a fait du cinéma une merveilleuse machine à inventer le rêve…

Les neiges du Kilimandjaro
A l'instar de Ken Loach ou des frères Dardenne, Robert Guediguian demeure fidèle à ses engagements en faveur du peuple ouvrier et à son quartier de
naissance l'Estaque, filmé en sociologue, trouvant l'inspiration dans une puissante lignée qui relie sous un même idéal, une pareille humanité, Victor Hugo dont le poème les pauvres gens tiré de
la légende des siècles inspire le motif de son dernier film, les neiges du Kilimandjaro, et Jean Jaurès figure mythique du syndicalisme ouvrier, exceptionnel de verbe courageux, première victime
sacrifiée à la domination d'une idéologie guerrière en Europe, le 31 Juillet 1914.
Délégué syndical CGT, Michel (Jean Pierre Daroussin) suivi par Raoul son beau-frère (Gérard Meylan) tire au sort par souci d'équité les 20 salariés
-dont lui-même- licenciés par la direction des docks Marseillais. Une perte d'identité brutale compensée par des tâches culinaires et ménagères, le bricolage d'entraide familiale et la
perspective d'un voyage au pied du Kilimandjaro offert par les copains du pré retraité forcé, pour l'anniversaire de son mariage avec Marie-Claire (Ariane Ascaride). Mais les membres des deux
familles sont assaillis par deux malfaiteurs, attachés, molestés et dépouillés de leur carte bancaire, des billets d'avion et du pactole pour la Tanzanie. Or, quand Michel découvre l'identité
d'un des agresseurs, c'est l' univers entier de ses convictions qui s'écroule.
La classe ouvrière n'est plus, son ciment s'est lézardé sous le poids de difficultés matérielles extrêmes. Un clivage de génération s'est installé
entre les ouvriers en fin de carrière, propriétaires d'un petit pavillon et les jeunes en galère dans leur HLM, sans parenté responsable, insensibles à toute conscience de classe et préoccupés
uniquement de satisfaire leur besoin. Le risque est grand alors que ce clivage désigne l'ennemi puis exacerbe à la faveur d'un fait divers, la haine de l'autre. Guediguian a l'intelligence de
nous dévoiler les deux faces d'une même réalité sociale, les tourments de la victime désemparée, le cynisme de l'agresseur indifférent à tout ce qui n'est pas la protection immédiate de ses
petits frères, empêchant toute identification simpliste aux idéologies de l'exclusion.
Ariane Ascaride trouve le fil pour sortir du chaos des tensions provoquées par cette agression et ses suites judiciaires et sa démarche nous
bouleverse, exprimant l'espoir d'une humanité qui se reforme. Chercher à comprendre quand tout vous pousse à juger et à condamner c'est permettre à la conscience de dominer l'instinct, à
l'humain en nous de triompher de son animalité. Sans rien retrancher des nécessités de sanctionner la responsabilité individuelle, les neiges du Kilimandjaro nous invitent à réfléchir aux
mécanismes à l'origine des situations sociales qui dégénèrent!
NB: «ouvrez une école, vous fermez une prison» Victor Hugo.
«Et dans tous les pays européens, en Allemagne comme en France, en Autriche comme en Espagne, la politique intérieure est incertaine, confuse,
flottante, entre une démocratie libérale ou radicale dont les forces d'élan s'épuisent et qui a peur des idées générales et une démocratie socialiste et ouvrière encore inorganique, trop faible
encore et trop divisée pour imprimer aux événements sa marche vigoureuse et définie. Ce n'est que par la force d'idées claires et vastes que les nations échapperont à ces incertitudes épuisantes
et à ces crises.» Jean Jaurès- 6 Novembre 1911.